La Ville-ès-Macé

Publié le par G.G.M.

Dans la liste des feudataires (teneurs de fief) des évêchés de Saint-Malo et Dol à la montre 1480, on comptabilise la présence de 38 nobles pour la paroisse d'Iffendic, dont deux Macé :

Guillaume MACE (10 livres de revenu) : défaillant.

Pierre MACE (10 livres de revenu) : défaillant.

Cette information recoupe une autre que l'on trouve dans l'Instruction de l'enquête qui fut menée à Cadix au sujet de Nicolas Macé et attestant de sa filiation avec l'ancienne famille bretonne des Macé de la Fresnaye. Cette famille, selon le même document, a ses racines au XVe siècle dans l'ancien évêché de Saint-Malo, dont Réminiac, Gaël et Iffendic.

Que signifie la mention "défaillant" dans cette revue de la noblesse de Dol et Saint-Malo? Les "10 livres de revenu" nous en donnent la clef: en l'occurence, nous avons affaire ici à une noblesse pauvre qui ne peut plus assumer les exigences de son rang: payer le tribut à son prince et se présenter en tenue d'armes. Cette situation peut être le lot des cadets d'une seigneurie qui ne peuvent bénéficier des revenus de la terre noble de leurs parents et doivent s'en trouver d'autres bien plus modestes, ou bien se livrer à des activités dérogeantes à leur rang mais qui, pour nombre d'entre eux, leur permettront de retrouver une place brillante dans la société, voire retrouver leur rang. C'est ce qui semble s'être passé avec Claude Macé de la Rabinais, la Rabinais étant le nom d'une terre anoblie par la grâce du roi Louis XIV, Claude n'étant au départ qu'un négociant de Saint-Malo, et issu des La Fresnaye de Réminiac.

Kêrmazhev e Hilfenteg / La Ville-ès-Macé, à Iffendic

Kêrmazhev e Hilfenteg / La Ville-ès-Macé, à Iffendic

Cependant, si tout semble prouver que ma branche "de la Rabinais" a un tronc commun avec celle de Claude, ce dernier titre n'est pas noble comme celui de Claude, mais seulement indicatif d'une sieurie des bords de Rance appartenant à la famille. Mon aïeul André Macé, né à Pleurtuit en 1672 et marchand à Saint-Malo, se prénommait effectivement "sieur de la Rabinais", ce qui n'empêche pas qu'il fût noble: c'est en tout cas ainsi qu'il est qualifié à son mariage et aux baptêmes de ses enfants, dont Jean André qui gardera la particule "de la Rabinais" et sa lignée jusqu'à ma bisaïeule Maria et mes cousins Charles et Marie-Annick. Cette même sieurie "de la Rabinais", sise en Pleurtuit (actuel "Mininy-sur-Rance") deviendra "seigneurie" avec Claude Macé, au départ "sieur de la Gravelais" et garde du corps de Monsieur frère du Roi.

Notre André à nous, sieur de la Rabinais, était fils de Jacques, sieur du Puits, marié avec Julienne Lucas de Saint-Buc. Le père de ce dernier semble un autre Jacques, marié avec une Berthelot de Nantes, et fils d'un frère à Yves Macé, le père de Claude Macé de la Rabinais. C'est là que la charnière est difficile à établir entre ma branche et celle de Claude, faute de lacunes possibles dans les actes paroissiaux dont certains ont disparu. C'est là aussi qu'un Gabriel, que nous n'avons pas, lui non plus, réussi à raccorder à la branche-mère, prend racine à l'autre extrémité de la Bretagne, à Saint-Pol-de-Léon et y laisse une postérité analogue aux autres branches Macé de nous connues, à savoir des marins, des négociants en toile et des notaires... Est-ce un hasard si deux siècles plus tard, on note la présence des Macé de la Rabinais dans la même cité et dans la même rue qu'un descendant à Gabriel: Joseph Macé, marié de surcroît avec une fille de Pleurtuit d'origine flamande !?

Réseau bien compliqué que celui des Macé, étendu à l'échelle de la Bretagne et d'autres pays maritimes, tels les Flandres ou l'Andalousie! Mais rien de particulier à cela, car on observe une même mobilité chez d'autres familles du même genre, telles les Desgrées du Lou ou les Douarin de Lemo. Ce réseau s'explique par des activités dans le négoce conjointement à d'autres dans l'administration du Duché, et donc aussi par des alliances matrimoniales avec d'autres familles tout aussi mobiles, à l'époque du grand essor du commerce breton et de ses toiles réputées en Angleterre comme en Amérique coloniale.

Si mobilité il y eut, la conscience d'être un même corps semble aussi une des particularités de la famille, au-delà des distances et des siècles. Cela est notamment remarquable dans nos aventures entre Brest et Saint-Pol.

signature de Joachim Nicolas Charles (1789-1836), à Brain

signature de Joachim Nicolas Charles (1789-1836), à Brain

Joachim était un neveu à Paul Joseph Alexandre Macé de la Rabinais (1755-1832), celui-là même qui s'installa dans le Léon, à Saint-Renan d'abord, puis à Saint-Pol-de-Léon. Il y fut tour à tour Officier municipal (1792), Négociant (acte de naissance de Pauline 1793), Receveur de l'octroi. Il résidait Grand-Rue, tout comme Joseph Macé (1793-1868), "Notaire royal, Premier suppléant juge de Paix, 1er ajoint à la mairie de St-Pol-de-Léon " (note du cousin Axel), dont on ignore si son aïeul Gabriel Macé était issu de mes Macé malouins et donc cousin éloigné de Paul Joseph Alexandre de la Rabinais. Pourtant, au-delà de l'analyse des ascendances par les documents, nous avons su que Joseph était bien issu de la même famille, par l'entremise d'Axel Antigny (voir son arbre sur Généanet), descendant du même Joseph Macé et qui m'écrivit un jour que dans sa famille il y avait mémoire d'une origine "Macé de la Rabinais", ce qui fut confirmé un peu plus tard par un cousin à lui. Chose extraordinaire que celle-là! Ainsi, les deux familles séparées géographiquement depuis près de deux siècles semblent avoir renoué à l'ombre du Kreisker.

Roskov, bro-Leon / Roscoff, le grand port de Saint-Pol-de-Léon

Roskov, bro-Leon / Roscoff, le grand port de Saint-Pol-de-Léon

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