Entre Nantes et Saint-Malo
Géolocalisation et profil socio-professionnel des Macé
D’après les travaux de recherche des cousins Odile et Tugdual
/image%2F0508007%2F20221018%2Fob_7f3f91_kentin.jpg)
Les Macé gravitaient autour d’une axe passant par Nantes, Redon, Rennes et St Malo. On les trouve aussi dans le Porhoët vannetais, ainsi qu’autour de Saint-Brieuc, et même à l’extrémité orientale du Pohêr, dans l’évêché de Quimper-Corentin, touchant le Penthièvre. Le commerce de la toile de Bretagne en était le principal déterminant (s’y adjoignant souvent des postes administratifs), comme en témoigne un bâtiment annexe du manoir de Quelineuc, au Bodéo, où Hélène Macé tenait son atelier de tissage au XVIIe siècle, non loin de l’église où l’on trouve deux retables portant cette inscription évocatrice : DONNE PAR M. CHARLES MALLET DE SAINT-MALO ET Dlle. Mte. LE FRANC DE CLEHUNAULT, SA FEMME, FONDATEURS DE LA PRESENTE CONFRAIRIE 1713. Il est de notoriété que les Malouins venaient dans la contrée chercher les toiles, en particulier au marché renommé de Quintin, qui donna son nom aux toiles du pays.
/image%2F0508007%2F20221018%2Fob_16a7f5_quelineuc.jpg)
Manoir de Quelineuc, aux Macé en 1607
Si l’on remonte à André Macé, sieur de la Rabinais et marchand de toile à Saint-Malo puis Rennes au début du XVIIIe siècle, on a en germe la fonction publique, car notre André était membre de la puissante Confrérie des Marchands Merciers de Rennes, dont de nombreuses archives ont été conservées. Il semble que des ancêtres à André ont occupé des postes dans l’administration épiscopale, à Saint-Malo-de-Beignon, qui donnèrent plus tard les Macé de la Villéon, bien connus à Saint-Malo. André Macé devait avoir ses bureaux à Rennes non loin de la Cohue et du Parlement de Rennes. Il négociait ses cargaisons en les recevant à Rennes pour les envoyer à Saint-Malo1, côtoyant depuis longtemps ces Messieurs de Saint-Malo (comme on les nommait à Paris), qu’ils soient armateurs ou capitaines de vaisseau, tel le cousin corsaire Pierre François Macé de la Chesnaie.
Plus récemment, Louis Bernard Bruno (1789-1835), arrière petit fils d’André, s’établissait en Alsace, à Bischwiller, l’un des places toilières du pays2, où il eut, comme son père à Saint-Pol en Bretagne, le poste de receveur des douanes. Louis Bernard Bruno avait bien le profil socio-professionnel des Macé : il vaquait à ses occupations entre négoce et administration. Particularité : il fréquente la communauté juive. Il meurt très jeune dans une taverne d’Ensisheim, où il avait déménagé.
Et maintenant, rentrons un plus profondément dans le monde de la grande ville de Rennes où évolue une des branches familiales de nos Macé et où siège le Parlement depuis l’annexion du pays au royaume de France. Les familles rennaises sont comme des clans dont les membres sont soudés et qui évoluent en réseaux , de concorde avec les autres familles de notables sous forme de parrainages et de mariages, mais aussi selon leur domiciliation à Rennes, dans ses faubourgs et sa campagne. Les marchands et négociants étant très au fait des lois et coutumes de Bretagne, eux et les hommes de loi font partie du même milieu socio- professionnel, en témoigne le fonds, en ligne sur le site des archives départementales, de la Confrérie des Marchands Merciers de Rennes. C’est là que nous avons dernièrement commencé à fouillé pour connaître mieux nos Macé de la Rabinais.
Et voici nos premiers résultats. On peut à ce sujet se reporter au site en ligne des archives de Rennes, dont ces deux pages:
. Compte de la communauté de 1737
. Délibérations de la communauté (1737-1761)
Rapport de Tugdual
/image%2F0508007%2F20221018%2Fob_72b448_roazhon-jeanandre.png)
« En 1737, le compte de la communauté des marchands de la Ville de Rennes est rendu par les sieurs Bioche et de la Rabinais, anciens « gardes », de cette communauté. Le vieil André Macé de la Rabinais avait en effet été élu, pour un an, second Garde (anciennement prévôts) de cette communauté lors de la délibération du début de l'année.
/image%2F0508007%2F20221018%2Fob_b9a308_roazhon-andremace.png)
L’année suivante, en 1738, les mêmes registres de la communauté font état de la réception en son sein d’un certain Jean André Macé de la Rabinais, fils du précédent ! Ce document saisissant nous apprend qu'il fut marchand lui aussi, qu'il bourlingua entre Rennes, Nantes et Paris, et qu'il fit ses armes dans la banque et le négoce. Son « CV » sembla en tous cas plaire, et sa réception dans ce corps fit l’objet d’un unanime plébiscite :
/image%2F0508007%2F20221018%2Fob_cb11e5_roazhon-jeanandre2.png)
« Ce jour trente uniesme janvier mil sept cens trent huit devans les Gardes en charge de la Communauté des Maitres Marchands de la ville et fauxbougrs de Rennes s’est présenté le Sieur Jean André Macé, lequel a remontré qu’il a precedemment demeuré pendant plusieurs ans chés differens Banquiers et Negocians tans dans cette ville que celles de Nantes et Paris, ou il a appris le Commerce sans parler du tems qu’il a passé chés le Sieur de la Rabinais son père, ce qui est à la connaissance des Messieurs les Gardes, ainsi aiant droit à la Maitrise conformement aux Statuts comme fils de Maitre. S’il ne s’est pas presenté au serment dans le delay etabli par les statuts, son absence seule en est la cause. Requerant en consequence qu’il plaise a Messieurs les Gardes le recevoir au nombre des Maîtres Marchands de la Communauté pour jouir des privilèges y attribués, offrant de paier les droits dûs en pareil cas conformement à l’article 5 des statuts.
Et a signé et s’est ensuite retiré Macé de la Rabinais fils.
Sur quoi après avoir délibéré et considerant d’ailleurs les services que le sieur Jean André Macé de la Rabinais a rendu et rend actuellement à la Communauté et vêu son extrait d’age en datte du onze janvier mi sept cens sept a été dit sieur Macé de la Rabinais recu au nombre des Maîtres Marchands de la Communauté de cette ville et fauxbourgs de Rennes pour jouir des prérogatives et honneurs y attribués en paiant la somme de cent livres aux mains de Monsieur Bioche premier Garde prêtant le serment en tel cas requis et se conformant au surplus aux statuts passés de quoi il sera enregistré sur le livre de la Communauté en qualité de Maître d’ycelle ».
« Nous Gardes avons ce jour sixième février mi sept cens trente huit enregistré le sieur Jean andré Macé recu Marchand à la police le cinquiesme fevrier dit an mi sept cens trente huit »
/image%2F0508007%2F20221018%2Fob_6917db_champ-jacquet.png)
Place du Champ-Jacquet, où a résidé Jean André Macé de la Rabinais, à Rennes
1 Il y a une page wikipédia sur la confrérie des marchands merciers à Paris. Il y a également plusieurs video sur youtube qui relatent une exposition au musée Cognacq-Jay : La fabrique du luxe.
2L'instabilité politique et militaire des dernières années de l'Empire napoléonien furent néfastes aux activités textiles bischwilleroises. Pour pouvoir se maintenir, des drapiers et des investisseurs regroupèrent leurs capitaux et créèrent les premières manufactures de la cité telles que la Leroy et Compagnie, la Goulden et Compagnie ou la Heusch et Weiss. En 1818, cette dernière fit fonctionner 18 métiers à tisser