Angélique Macé de la Rabinais et les Rolllinde de Beaumont
*
Angélique Françoise Marguerite Macé de la Rabinais
Née le 18, baptisée le 19 Juillet 1742 en la paroisse Saint-Aubin de Rennes, Bretagne
Décédée le 9 Janvier 1814 rue du Croquet, à Rijsel (Lille), Flandres
*
Angélique Macé de la Rabinais est l'un des enfants du couple Jean André Macé, sieur de la Rabinais, et Marguerite Vincente Odye, dame de la Thébaudière. Son père, avocat de formation, pris la charge de Maître particulier des Eaux et Forêts de la sénéchaussée de Rennes, office créé en son temps par Louis XIV. Le grand-père, André Macé, sieur de la Rabinais, est né en 1672 à Pleurtuit, près de Saint-Malo, et les actes le désignent comme marchand de drap, à une époque où les Macé participent au négoce malouin, et en général, au commerce florissant de la toile bretonne. André se maria à Rennes et y resta.
Une descendante d'Angélique, cousine Odile, vient ici apporter de précieux renseignements, non seulement sur son aïeule, mais aussi sur la fratrie de notre ancêtre et l'époque particulière qu'ils ont connue. C’est particulièrement par les informations léguées par ses arrière-grand-oncles que nous pouvons lire ce qui suit, et grâce aux documents en possession de sa grand-mère Germaine Rollinde de Beaumont.
Angélique épousa Joseph Rollinde de Beaumont. Les Rollinde descendaient de Laurent Roullendes, tailleur d'habit à Belmont dans le Rouergat. Le père de Joseph était Officier de la Grande Mademoiselle, puis du Duc d'Orléans, Régent de France. Joseph naquit rue St Honoré à Paris, et fut baptisé en la paroisse St-Eustache en 1716. Après une carrière militaire (il était à la bataille de Fontenoy), il devient, grâce à ses appuis à la Cour, Directeur des mines de plomb argentifère de Pont-Péan, près de Rennes. Son épouse Angélique Macé de la Rabinais et lui résidèrent au Château de Bruz, non loin des mines de Pont-Péan, puis ils déménagérent à Amiens où ils subirent les affres de la Révolution et se trouvèrent alors dans une grande gêne financière.
Angélique Macé de La Rabinais semble être restée en lien étroit avec ses frères restés en Bretagne. Odile écrit: «D'après la tradition familiale, mes "oncles aïeux bretons" (Nicolas Harmonie, Félix, Paul Joseph...) étaient très bienveillants». L’un d’eux, Paul Joseph, qui travaillait à la douane maritime, recueillit en Bretagne (à Saint-Pol-de-Léon) son petit-neveu, Etienne Rollinde de Beaumont, un enfant rescapé des massacres survenus sur l’ile de Saint-Domingue et dont le père (Joseph Jean, un des trois fils d'Angélique) mourut là-bas de la fièvre jaune, à Haïti. La mère et la soeur d’Etienne furent capturées et périrent pendant l’insurrection.
Ce fut une servante noire qui protégea Etienne, le petit fils d’Angélique Macé: elle «le fit échapper à la mort et, la tourmente passée, le remet entre les mains d'un capitaine de vaisseau qui le conduisit à Baltimore (Nouvelle-Angleterre). Puis on l'embarqua sur un navire qui se rendait à Bordeaux, où il pouvait espérer retrouver quelques membres de sa famille maternelle: les Brossard des Plantes. Mais la tempête qui sévissait sur la côte de l'Atlantique contraignit le capitaine du navire à relâcher en Bretagne, à Morlaix. Or, il se trouvait que ce marin, étant précisément un ami de mon arrière grand oncle Paul Macé de la Rabinais, profita de son court séjour en Bretagne pour joindre l'oncle Paul à St-Pol-de-Léon où celui-ci demeurait. Au cours de la conversation il lui conta qu'il était chargé de rapatrier en Bretagne et en France quelques jeunes gens au nombre desquels s'en trouvait un du nom de "Beaumont" et dont le père était ancien officier au 11ème hussards. Mon arrière grand oncle [Paul Macé de la Rabinais], frappé d'entendre ce nom [c'est le nom d'épouse de sa soeur Angélique], demanda à voir l'enfant [qui est le petit-fils de sa soeur et donc son petit-neveu] et à prendre connaissance de ses papiers, s'il en avait. La première pièce qui lui tomba sous la main fut précisément le contrat de mariage de Joseph-Jean avec la demoiselle Brossard des Plantes. Le nom d'Angélique Macé de la Rabinais, mère de Joseph-Jean, y était rapporté. Paul Macé de la Rabinais ne pouvait mettre en doute l'identité du malheureux enfant. Il n'hésita pas à le reconnaître comme son neveu, le prit chez lui et l'éleva "bien qu'il fut lui-même peu fortuné et père de six enfants" (extrait du récit de Louis Rollinde de Beaumont).
« On trouvera dans une enveloppe spéciale du chartrier toute une correspondance qui date de cette époque entre ma bisaïeule [Angélique Macé de la Rabinais], ses frères de la Rabinais et ses oncles de la Thébaudière et qui renseignera complètement le lecteur sur la vie que menaient à Amiens mes arrière grands parents». Malheureusement ces lettres ont disparu.
Louis Rollinde poursuit:
«En 1784, mon grand-père vint au monde [Paul Ange Rollinde de Beaumont]. Sa mère avait 42 ans et son père 68.
Nous voici aux premières années de la Révolution. Mon grand oncle Joseph-Jean est dans sa 20ème année, subissant les influences du jour et dans un élan très honorable de patriotisme, s'engage aux armées, malgré les protestations de ses parents et le vif mécontentement de ses oncles Macé de la Rabinais [...]
Rien ne pourra remplacer la lecture de ces lettres de mes [arrière] grands parents où sous l'apparente sécheresse des termes et des formules, on ressent les ardentes émotions de cette terrible époque. Du reste, la crainte des représailles leur fait tout dissimuler, tout cacher de leurs misères et de leurs deuils. Un mot descend de la plume, un seul cri de douleur : "Nous avons tout perdu: c'est la détresse la plus profonde", et la phrase continue sur un autre mot.
Si nous ne le savions pas par mon père à qui son père l'avait bien des fois raconté, nous aurions toujours ignoré que pendant la Terreur, jeté en prison avec tant victimes, mon arrière grand père avait subi les affres des interrogations, les promiscuités repoussantes des cachots, les tortures de la faim [...]. Il ne dut la vie sauve qu'au 9 thermidor [...]. Il avait alors 78 ans [et lors de l'exécution du bourreau d'Amiens Joseph Lebon], il donna à son laquais l'ordre de se rendre avec son fils sur la place où était dressé l'échafaud. Mon grand père ne l'oublia jamais. Et dans la bousculade [qui suivit] un adroit républicain subtilisa avec dextérité le foulard et la montre d'or du domestique tombé évanoui. Heureux hommes que ces laquais d'Ancien Régime qui avaient des montres d'or !.. Et leur fidélité n'a plus d'exemple de nos jours, car il est évident que la misère profonde où se trouvaient alors mes [arrière] grands parents, ce domestique les servait sans gage [ou payé avec des bijoux de famille! ]. Mon bisaïeul sortit de prison en 1795 [...], mourut en germinal An X (1802), laissant sa veuve [Angélique Macé de la Rabinais] et son fils cadet [Paul Ange Rollinde de Beaumont] dans la situation la plus précaire. [...] Mon arrière grand mère [Angélique] vivait avec sa fille dans une chambrette qu'elle louait 12 francs par mois ! Cette fille, Félicité Jeanne Josias, meurt le le 16 juin 1812.»
Le 7 septembre 1813, Angélique Macé de la Rabinais, fille du Conseiller au Parlement de Rennes, emprunte 3 francs à sa propriétaire, la veuve Durot, née Flamand, qui tenait une épicerie au rez-de-chaussée de sa maison. Toute sa fortune consiste, du reste, "en une rente de 50 francs sur l'Etat et une autre de trente et quelques francs en Bretagne sur un bien indivis, les Roches, qui par grand hasard ont échappé à la rapacité des Républicains spoliateurs (lettre de mon arrière grand mère Macé de la Rabinais, 27 novembre 1817)".
Joseph et Angélique se marièrent le 20 Avril 1762 à Rennes, en la paroisse Saint-Aubin, où était née Angélique. En voici l’acte conservé au archives départementales.
/image%2F0508007%2F20210728%2Fob_d15bac_ooangeliquefmmacerab20-4-1762p53a.jpg)
/image%2F0508007%2F20210728%2Fob_171274_ooangeliquefmmacerab20-4-1762p53b.jpg)
Leur fils Paul-Ange travailla dès l'âge de 16 ans, donc dès 1800, pour suppléer à l'indigence de ses parents provoquée par la Révolution. Son père était Directeur de la Loterie Royale et trouva à son fils, Paul Ange, un emploi de fonctionnaire aux Droits réunis. Heureusement, car deux ans après, Angélique perdait son mari. Les droits Réunis, ce sont les Impôts indirects, en l'occurrence les impôts sur le tabac et les boissons (vins, bière, alcool). Son poste était basé à Lille et il était itinérant. C'est comme cela qu'il connut son épouse Marie Anne Denisse au Cateau-Cambrésis. Sa mère, Angélique Macé de la Rabinais, était contre ce mariage et n’y était pas présente, au Cateau-Cambrésis, dans les Flandres.
Paul-Benoît Rollinde de Beaumont, le fils de Paul-Ange, donc le petit-fils d'Angélique Macé de la Rabinais, se maria à Cambrai, avec la fille d'un négociant en vins. Ce négoce de vins s'est transmis de génération en génération de la Révolution Française jusqu'au milieu du XXème siècle à Cambrai.
Mais revenons à l’acte de mariage et aux Macé de Bretagne. Parmi les signatures de l’acte de mariage de Joseph Rollinde et Angélique Macé figure celle de Jean-Baptiste de Meyzieu, neveu de Joseph Pâris de Meyzieu. Celui-ci est l'un des plus célèbres et des plus riches financiers du royaume de France et charge son neveu de le représenter dans la société créée par la 2ème épouse de Noël Danycan pour exploiter la mine de Pont Péan. Est-ce un hasard si un siècle plus tôt, un certain Claude Macé, tour à tour sieur de la Gravelais, de la Chesnaye et de la Rabinais, eut sa messe de mariage dans la chapelle des Danycan, la chapelle Saint-Igneuc de leur manoir de Launay-Quinart, en la paroisse voisine de Saint-Jouan (des-Guérets)? Autre coïncidence: une fille à Claude Macé, Françoise, épousa le 27 Septembre 1693 Louis Maget, or la deuxième épouse de Noël Danycan était Hélène Maget, fille de Noël Danycan. Ces renseignements sont précieux parce que nous n’avons jamais réussi à établir la parenté entre la famille d’Angélique Macé de la Rabinais et celle, de toute évidence commune, de Claude Macé, évoqué ici. Le fait aussi que l’on trouve parmi les Rollinde des planteurs de canne à sucre tendrait à accréditer la tradition de silloneurs des mers pour les Macé côté Angélique.
/image%2F0508007%2F20210806%2Fob_fa381f_st-jouan-launay-quinard.jpeg)
Launay-Quinart, au-dessus de la Rance
Et avec les Danycan et les Macé des bords de Rance, on se retrouve en plein négoce malouin, notamment celui de la toile de Bretagne. Cet aspect restait cependant assez tenu dans les actes concernant la branche d’Angélique, dont le grand-père André vendait du drap à Saint-Malo. Mais par ces nouveaux renseignements que nous transmettent ici les Rollinde de Beaumont, il semble que la branche familiale d’Angélique ait perpétué d’une façon ou d’une autre ce lien au négoce breton. Et nous avons espoir de découvrir un jour quelles furent précisément les activités de mon aïeul Nicolas Harmonie dans ce domaine. Parmi le peu qu’on nous ait transmis, il est dit que l’un d’entre eux de la fratrie fut compagnon de Surcouf, selon la «Grande Histoire de Bretagne», mais dont j’ignore à quel ouvrage précis ce titre fait référence. Plus tard, un petit neveu d'Angélique, Charles Louis E. Macé de la Rabinais, notaire à Paimpont, semble également avoir perpétué la tradition familiale.
Il y une autre information que nous offrent les Rollinde, qui concerne l’origine familiale commune des deux branches Macé, qu’on appellera respectivement, d’après leurs auteurs présumés de la même fratrie, la «branche Yves» et la «branche Jacques», cette dernière valant pour celle d’Angélique. Le père de Joseph Rollinde de Beaumont, le beau-père d’Angélique Macé donc, fut valet puis Garçon de Chambre de la Grande Mademoiselle, et son Monsieur, frère du roi, était son légataire universel. Or, Claude Macé, de la «branche Yves», fut, dans ses jeunes années, Garde du Corps de Monsieur, avant de devenir capitaine du château de Bonaban, près Saint-Malo. Indice impressionnant, n’est-ce pas, de la commune origine de nos deux branches Macé. C’est d’ailleurs sans doute à l’ombre des palais des rois de France que les Rollinde et les Macé ont fait connaissance.
Il existe un portrait d'Angélique Macé de la Rabinais.